Les « neuf pommes pourries » de Joseph Owona : l’histoire derrière cette expression qui refait surface

Que signifie l’expression « neuf pommes pourries » de Joseph Owona ? Retour sur les soupçons de matchs truqués qui ont entouré les Lions Indomptables au Mondial 2014.

Depuis quelques jours, une ancienne vidéo de Joseph Owona, ancien président du Comité de normalisation de la FECAFOOT, connaît un regain d’intérêt sur les réseaux sociaux. Dans cette intervention, réalisée plusieurs années après son passage à la tête de l’instance, il revient sur son bilan et sur les difficultés qui ont marqué la gestion des Lions Indomptables avant et pendant la Coupe du monde 2014 au Brésil.

Au cœur de cette vidéo, une expression retient particulièrement l’attention : celle des « neuf pommes pourries ». Si certains internautes y voient une simple métaphore, d’autres l’associent immédiatement aux soupçons de matchs truqués qui avaient entouré la sélection camerounaise il y a douze ans. Une affaire qui, à l’époque, avait davantage fait les gros titres de la presse internationale que des médias camerounais.

Une Coupe du monde marquée par les tensions

Pour comprendre cette expression, il faut revenir au contexte de la préparation des Lions Indomptables pour le Mondial 2014. Sous la direction du technicien allemand Volker Finke, le Cameroun avait pourtant affiché des signes encourageants lors de sa préparation en Europe. Les Lions avaient notamment tenu en échec l’Allemagne (2-2) lors d’un match amical disputé en Autriche, laissant entrevoir de belles promesses avant le rendez-vous mondial.

Mais à quelques jours du départ pour le Brésil, tout bascule. Les négociations autour des primes de participation dégénèrent au point que les joueurs refusent d’embarquer dans l’avion. Le départ de la sélection qui avait alors pour capitaine Samuel Eto’o est retardé de plusieurs heures, obligeant les autorités camerounaises à intervenir pour trouver un accord de dernière minute.

Dans une vidéo récemment remise en circulation, Joseph Owona affirme que certains joueurs réclamaient des montants qu’il jugeait excessifs, évoquant notamment des revendications de plusieurs centaines de millions de francs CFA par joueur. Selon lui, cette crise a profondément perturbé la préparation de l’équipe et entraîné le groupe « vers le chaos ».

D’où viennent les soupçons de matchs truqués ?

Les difficultés ne s’arrêtent pas aux conflits liés aux primes. Sur le terrain, les Lions Indomptables vivent un Mondial catastrophique avec trois défaites en autant de rencontres contre le Mexique (0-1), la Croatie (0-4) et le Brésil (1-4). C’est surtout la rencontre face à la Croatie qui va alimenter une polémique internationale.

Le 18 juin 2014, quelques heures avant le coup d’envoi, Wilson Raj Perumal, un Singapourien connu pour son implication dans plusieurs affaires de manipulation de matchs à travers le monde, publie un message sur Facebook. Il y annonce une victoire de la Croatie sur le score de 4 buts à 0 et affirme qu’un joueur camerounais sera expulsé avant la mi-temps.

Quelques heures plus tard, le scénario se déroule de manière troublante : la Croatie s’impose effectivement 4-0 et Alex Song est expulsé à la 40e minute après un geste d’humeur sur Mario Mandžukić. Cette prédiction va immédiatement susciter de nombreuses interrogations.

Les révélations de Der Spiegel et de Libération

Quelques jours après cette rencontre, le magazine allemand Der Spiegel révèle avoir échangé directement avec Wilson Raj Perumal. Au cours de ces conversations, le Singapourien affirme qu’il y aurait « sept brebis galeuses » au sein de la sélection camerounaise et va encore plus loin en soutenant que les trois matchs disputés par les Lions Indomptables lors de cette Coupe du monde auraient été truqués.

Le quotidien français Libération relaie ensuite ces révélations en rappelant le profil de Perumal. Arrêté à plusieurs reprises dans différents pays pour son implication dans des réseaux de manipulation de matchs, ce dernier était déjà considéré comme l’un des plus célèbres organisateurs de paris frauduleux au monde. Ses déclarations connaissent alors un énorme retentissement, même si elles reposent essentiellement sur ses propres affirmations.

Aucune preuve n’a jamais confirmé ces accusations

Malgré l’ampleur prise par cette affaire, aucune preuve n’a jamais permis d’établir que les rencontres du Cameroun au Mondial 2014 avaient effectivement été manipulées. À l’époque, la FIFA avait rapidement réagi face aux nombreuses interrogations des médias internationaux. Son directeur de la sécurité, Ralf Mutschke, avait déclaré qu’aucun élément ne permettait de conclure à un trucage des rencontres impliquant les Lions Indomptables.

L’instance mondiale expliquait également que les marchés de paris faisaient l’objet d’une surveillance permanente et qu’aucune anomalie suffisamment significative n’avait été détectée pour ouvrir une procédure disciplinaire. Aucun joueur camerounais n’a, par la suite, été sanctionné pour manipulation de match dans le cadre de cette Coupe du monde.

Pourquoi l’expression « neuf pommes pourries » intrigue-t-elle autant ?

C’est précisément parce que cette affaire n’a jamais été totalement oubliée que les propos de Joseph Owona suscitent aujourd’hui autant de réactions. Dans la vidéo qui circule actuellement, l’ancien président du Comité de normalisation ne cite aucun nom lorsqu’il évoque les « neuf pommes pourries ». Cette formule est donc sujette à différentes interprétations.

Pour certains internautes, elle ferait référence aux tensions internes qui divisaient le vestiaire des Lions Indomptables. Mais la verité c’est qu’elle renverrait aux soupçons de manipulation de matchs apparus après le Mondial 2014, même si Joseph Owona ne l’affirme pas explicitement dans son intervention.

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Douze ans après les faits, cette expression remet en lumière l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire récente du football camerounais. Entre crise des primes, résultats sportifs décevants, divisions internes et accusations de trucage jamais démontrées, la Coupe du monde 2014 continue de susciter des interrogations. Si les révélations de Wilson Raj Perumal avaient provoqué un véritable séisme médiatique à l’époque, elles n’ont jamais été corroborées par des preuves, laissant cette affaire dans le registre des soupçons plutôt que des certitudes.

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Steve Wilfried Yomba Kemadjou est le Directeur de Publication, concepteur et fondateur du média Camerfoot-Infos. Il a une grosse connaissance du football camerounais et international. Bonne analyse des faits de jeux et des schémas tactiques dans le football. Il a également couvert des compétitions dont les Coupes d'Afrique des Nations Cameroun 2021 et Côte d'ivoire 2023.

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