Hemle : Le Cameroun n’est pas un pays de football
Le Cameroun est-il vraiment un pays de football ? Analyse critique sur la passion sélective, le désintérêt pour les championnats locaux et les défis structurels du football camerounais.
Le Cameroun est souvent présenté comme un pays de football. Cette affirmation est répétée comme une évidence, portée par l’histoire glorieuse des Lions Indomptables, par les exploits de Roger Milla, de Thomas N’Kono, de Samuel Eto’o et de plusieurs générations de talents qui ont marqué les grandes compétitions internationales. Pourtant, si l’on s’éloigne de la nostalgie et du chauvinisme, une question fondamentale se pose : qu’est-ce qu’un pays de football, et le Cameroun correspond-il réellement à cette définition ?
Un pays de football ne se définit pas uniquement par les performances de son équipe nationale ou par la popularité de quelques stars. Il se définit par une culture quotidienne du football, par une adhésion populaire constante, par des championnats locaux vivants, par des stades remplis le week-end, par une industrie structurée qui repose sur les clubs, les supporters, les médias et les acteurs économiques. Dans les grandes nations de football, le cœur du système n’est pas seulement l’équipe nationale, mais d’abord le football domestique. Les supporters vivent pour leurs clubs, les médias analysent chaque journée de championnat, les stades sont des lieux de sociabilité, et le football est un produit culturel et économique central.
Au Cameroun, la réalité est différente. La passion pour le football existe, mais elle est souvent intermittente et orientée vers l’extérieur. L’engouement massif se manifeste lors des compétitions internationales, lorsque les Lions Indomptables jouent, lorsque l’enjeu national et identitaire est en jeu. En dehors de ces moments, l’intérêt pour le football local reste marginal. Les championnats domestiques attirent peu de public, les clubs peinent à construire une base de supporters durable, et l’écosystème médiatique privilégie largement les compétitions européennes au détriment du football national.
Ce décalage révèle un paradoxe profond : le Cameroun est un pays où l’on aime le football, mais où l’on ne vit pas son football local. Des millions de Camerounais supportent des clubs étrangers, connaissent par cœur les effectifs et les résultats des championnats européens, mais ignorent les réalités de leurs propres clubs. Cette externalisation de la passion affaiblit le championnat national, limite les revenus des clubs, freine la professionnalisation des structures et empêche la construction d’une véritable industrie footballistique.
Dire que le Cameroun n’est pas un pays de football ne signifie pas nier son histoire, ses talents ou sa passion populaire. Cela signifie poser un diagnostic exigeant. Un pays de football est un pays qui a réussi à transformer la passion en structure, l’émotion en institution, l’engouement en culture quotidienne. Le Cameroun a produit des joueurs d’exception, mais il n’a pas encore construit un système domestique capable de mobiliser durablement sa population autour de ses compétitions locales.
Le Cameroun est un pays qui aime le football, mais pas encore un pays qui vit son football. La nuance est essentielle. Tant que les stades resteront clairsemés, tant que les clubs locaux resteront marginalisés dans l’imaginaire collectif, tant que le football camerounais sera consommé principalement à travers le prisme des compétitions étrangères, il sera difficile de parler d’un véritable pays de football au sens plein du terme.
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L’enjeu n’est pas symbolique, il est structurel. Construire un pays de football, c’est investir dans les championnats, professionnaliser les clubs, valoriser les infrastructures, former les acteurs, créer une culture de supporters, développer une économie du sport. Le Cameroun en a le potentiel, mais pas encore la réalité. C’est ce fossé qu’il faut combler si l’on veut que l’expression “pays de football” cesse d’être un slogan et devienne un fait.
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Steve Wilfried Yomba Kemadjou est le Directeur de Publication, concepteur et fondateur du média Camerfoot-Infos. Il a une grosse connaissance du football camerounais et international. Bonne analyse des faits de jeux et des schémas tactiques dans le football. Il a également couvert des compétitions dont les Coupes d'Afrique des Nations Cameroun 2021 et Côte d'ivoire 2023.